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Pourquoi est-il si difficile de ralentir ? Ce que la canicule nous apprend sur notre rapport au temps

delphinerevaultpsy
il y a 7 jours
4 min de lecture

Les épisodes de canicule de cet été sont derrière nous. Avec le retour à des températures plus fraîches, nous avons retrouvé nos habitudes, nos déplacements et, pour beaucoup d'entre nous, le rythme du travail.


Pourtant, que nous reste-t-il de ces périodes où la chaleur a bouleversé notre quotidien ? Et que pourrions-nous en retenir avant les prochaines fortes chaleurs ?


Les vacances sont censées nous offrir davantage de temps, un autre rythme, du choix, de la liberté et surtout du repos. Parfois, nous les attendons pendant des mois. Nous imaginons le soleil, les baignades, les visites, les balades, les barbecues, de longues soirées… Nous avons enfin le luxe de décider de notre emploi du temps.


Mais que se passe-t-il lorsque la canicule vient bouleverser cette liberté ?

Car, sortir devient difficile ! Nous vivons volets fermés si nous n’avons pas de climatiseur. Notre corps s'alourdit, notre sommeil se dégrade, nous manquons d'énergie et réfléchir devient un réel effort. Nous sommes en vacances mais plus tout à fait libres de nos mouvements.


Cela génère en nous une réelle frustration, surtout lorsque notre travail est déjà synonyme de contrainte, surcharge ou fatigue. Là où au travail, nous avons le sentiment de manquer de temps, en vacances, en principe, nous disposons de notre temps. Mais, désormais plus comme nous le souhaitons. Drôle de paradoxe ! La température se met à organiser nos journées. C’est alors comme si nos vacances nous échappaient.


Ne voyons-nous pas là un écho, toutes proportions gardées, à la période de Covid : une réalité extérieure s'impose à nous, limite nos actions et entrave notre manière de vivre. Dans ces deux cas, nous sommes empêchés de faire ce que nous avions prévu.


Faut-il alors faire le deuil des vacances telles que nous avions l’habitude de les vivre ?

Et ressentir cette frustration entre ce que nous avions imaginé et ce que nous vivons réellement. Ce renoncement n’est certainement pas facile à faire.


Si nous restons focalisés sur ce que nous ne pouvons plus faire, à comparer ces vacances avec les précédentes, nous risquons de passer notre temps à ressentir un manque. Or, même si nous renonçons à une forme de vacances, nous pouvons ne pas renoncer à notre besoin.


Je ne peux pas aller à la plage, mais mon besoin de détente est toujours là.

Je ne peux pas faire du sport dehors, mais mon besoin de mouvement est toujours présent.

Je ne peux pas visiter une ville sous cette forte chaleur, mais j’ai toujours ce besoin de découverte.


La question devient alors : comment continuer à répondre à ces besoins différemment ? Et cette question en amène peut-être une plus profonde. Pourquoi avons-nous besoin de remplir nos vacances comme nous le faisons avec nos journées de travail ?


En effet, au travail, nous avons appris à être efficaces, productifs et proactifs. Cette logique, nous l’avons transposée dans nos loisirs : profiter, visiter, découvrir, voir du monde, et surtout, ne pas perdre son temps.


La canicule vient brutalement contrarier cette logique et nous oblige à ralentir. C’est peut-être précisément ce qui nous met en difficulté. Car lorsque nous ne pouvons plus remplir notre temps, peut-être faut-il réapprendre à simplement être là. Et accepter que certaines choses ne dépendent pas de nous. À l'intérieur de cette réalité, cherchons ce qui reste possible et ce qui a du sens pour nous.


Accepter n'est pas renoncer.

Nous n’échapperons certainement plus à des épisodes de forte chaleur dans les années à venir, c’est pourquoi nous devrons nous adapter. Cela demande une certaine souplesse psychologique.


Accepter ce que nous ne pouvons pas changer ne signifie pas que la situation nous sied. Mais, plutôt que de lutter, consacrons notre énergie à ce sur quoi nous pouvons encore agir. Pourquoi ne pas inventer de nouveaux espaces de repos : des lieux frais où l'on pourrait s'allonger, écouter de la musique, regarder des images, méditer, respirer, ne rien faire pendant un moment.


Des espaces qui ne seraient ni des lieux de consommation, ni des lieux de production, mais simplement des lieux de récupération. L’idée est d’accepter que nos vacances ne soient plus ce qu’elles étaient mais que l’on puisse continuer à les investir malgré tout.


Frustrés au travail, puis frustrés pendant nos vacances, où pouvons-nous alors retrouver l’espace de liberté, de plaisir et de récupération dont nous avons besoin ? Cette période nous invite sans doute à y réfléchir : à réfléchir à notre rapport au temps. Avons-nous réellement besoin de tout remplir ? De rentabiliser chaque moment ? Savons-nous encore nous reposer sans culpabiliser ?


Et si la véritable liberté des vacances n'était pas de pouvoir tout faire, mais de pouvoir choisir ce que nous ne ferons pas ? La canicule nous pose semble-t-il une question.


Et si, après avoir tant appris à travailler vite, produire davantage et optimiser notre temps, nous devions maintenant réapprendre à ralentir ?


La souplesse psychologique, c'est pouvoir continuer à investir la vie malgré la frustration.


Alors, cette année, qu'avez-vous dû abandonner de vos vacances habituelles ? Et surtout, qu'avez-vous découvert à la place ?

 
 
 

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